06 / Cour suprême
Contentieux
La première question n’est pas comment gagner. Elle est de savoir s’il faut aller devant un juge.
Le contentieux des affaires mauricien se déploie dans un système mixte. Le fond demeure largement civiliste, hérité du Code civil, tandis que la procédure et l’administration de la preuve doivent beaucoup à la tradition anglaise. Les litiges commerciaux sont portés devant la Cour suprême, dont la division commerciale connaît des affaires les plus lourdes, et le pourvoi ultime reste ouvert devant le Comité judiciaire du Conseil privé.
Les dossiers récurrents sont connus: conflits entre associés, blocage d’un conseil, exécution d’un pacte, appel de garantie après acquisition, rupture de relations commerciales établies, réalisation d’une sûreté, contestation d’une décision sociale. S’y ajoutent les mesures conservatoires, dont l’utilité se joue souvent dans les premiers jours, avant que les actifs ne se déplacent et avant que la preuve ne s’organise.
L’exécution des décisions étrangères mérite une mention séparée, car deux voies s’y confondent régulièrement. Une sentence arbitrale étrangère est reconnue et exécutée par le canal de la Convention on the Recognition and Enforcement of Foreign Arbitral Awards Act 2001, qui donne effet à la Convention de New York. Un jugement étranger suit une autre voie, celle de l’exequatur, dont les conditions ne se confondent pas avec les précédentes. Choisir la mauvaise voie fait perdre une année.
Avant d’écrire la première lettre, quelques vérifications décident souvent de l’issue. Existe-t-il une clause compromissoire que l’on n’a pas vue, et qui rendra la juridiction incompétente. La prescription est-elle acquise ou sur le point de l’être. La preuve est-elle préservée, ou dispersée dans des messageries que personne n’a gelées. La correspondance échangée dans les premières semaines deviendra la pièce que l’adversaire produira en premier.
L’Etude prépare le dossier comme s’il devait être jugé, tout en cherchant l’issue négociée aussi longtemps qu’elle demeure supérieure au risque et au coût du procès. Le contentieux est un instrument, pas une posture. Il se conduit avec la même discrétion que le reste, ce qui suppose de résister à la tentation de la publicité, y compris lorsque le dossier est bon.